Les conseils de François Bayrou à Emmanuel Macron

Article du Parisien daté du 22/09/2018

Le patron du MoDem qui fait sa rentrée politique ce week-end à Guidel appelle le chef de l’État à s’exprimer davantage pour renouer le lien avec les Français.

LP/Frédéric Dugit
LP/Frédéric Dugit

Il savoure François Bayrou. Il ne le dit pas comme cela, trop soucieux de se montrer « loyal » à Emmanuel Macron, avec lequel il s’enorgueillit d’entretenir un lien privilégié. Mais dans les rangs du MoDem, qui fait sa rentrée à Guidel (Morbihan) ce week-end, flotte comme un parfum de revanche.

Les centristes sont requinqués par la candidature de Marc Fesneau au Perchoir de l’Assemblée, qui face à Richard Ferrand a rallié des Marcheurs, « un signal fort et entendu comme tel », dit Bayrou. Et ils sont décidés à compter.

« En politique, on ne vous maltraite que si vous vous laissez maltraiter. Ce n’est pas Calimero, la politique, nous explique François Bayrou. Il ne tient qu’à vous d’être fort. » Aux circonstances, aussi. La passe très compliquée que traverse l’exécutif fragilise la Macronie. Le patron du MoDem ne l’ignore pas : « Tous les jours, il a des problèmes nouveaux. Il y a une alerte sur cette rentrée. »

«Les gens doivent comprendre la direction»

Dans ce contexte, et alors que se profilent des élections européennes à haut risque pour Macron, le parti présidentiel ne peut fâcher son principal allié. Même s’il n’est pas dupe du « rapport de force électoral » qu’il cherche à instaurer avant les investitures.

Bayrou ne se projette pas en frondeur – « C’est le contraire de notre vocation ! » Mais se poser en partenaire incontournable, entre « soutien et exigence », en revanche… Après quelques coups de semonce, il continue donc de distiller ses recommandations mezza voce.

« Il faut se focaliser sur la nécessité de retrouver le lien avec les Français, l’inspiration de 2017, nous confie-t-il. Si c’est purement gestionnaire, le désenchantement guette. On est devant d’immenses enjeux, de société, géopolitiques. C’est ce qui doit faire le cadre de l’action, pas des mesures les unes à la suite des autres. Les gens doivent comprendre la direction. Aujourd’hui, c’est cela qui s’est usé et que j’appelle à retrouver. »

Comment ? « Par l’engagement personnel du président. Il faut qu’il reprenne la relation avec les Français », dit Bayrou qui juge que le chef de l’État ne s’exprime pas assez. « C’est indispensable. La magie de la démocratie française s’exerce quand le président est en phase avec le pays. C’est alors que tout se met en place, que le gouvernement est en ordre, que la majorité est solidaire, que les débats sont intéressants, estime le centriste. La parole rare, c’est bien le jour où le lien est renoué. »

«Il n’y a que des preuves d’amour»

L’année à venir dira si Bayrou – à qui certains prêtent aussi l’ambition de revenir à terme au gouvernement, qu’il avait dû quitter sitôt entré pour cause d’ennuis judiciaires – est entendu. S’il peut peser. Que LREM ait dépêché ses ténors à Guidel, dont Christophe Castaner, est vu comme un signe. Un émissaire macroniste l’admet, il s’agit de montrer qu’En Marche « sait s’ouvrir, n’est pas hégémonique ».

Après avoir échoué à infléchir la ligne, notamment sur l’ISF ou les retraités, et alors que certains doutent que la réforme constitutionnelle (qu’il pousse depuis le premier jour) aille à son terme, les troupes de Bayrou piaffent. Le député Jean-Louis Bourlanges résume : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. On attend les preuves. »

A retrouver en ligne sur le site du Parisien.

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